Naturel et synthèse : faut-il vraiment les opposer en parfumerie ?

Naturel et synthèse : faut-il vraiment les opposer en parfumerie ?

Fabrice Turco

Une idée très répandue : naturel serait nécessairement meilleur

Dans l’univers cosmétique et dans celui du parfum, le mot naturel possède une force particulière.

  • Il évoque les fleurs.
  • Les plantes.
  • Les récoltes.
  • Les paysages.
  • La terre.

Il raconte immédiatement quelque chose que nous comprenons.

À l’inverse, le mot synthétique peut parfois sembler plus froid, plus technique ou moins désirable.

Pourtant, cette opposition est trompeuse.

L’origine d’une matière ne suffit pas à déterminer sa qualité, son intérêt olfactif ou son profil de sécurité.

En parfumerie, naturel et synthèse ne sont pas nécessairement adversaires.

Ils appartiennent à une même palette.

Qu’appelle-t-on une matière naturelle en parfumerie ?

Les matières naturelles parfumantes peuvent provenir de différentes parties du végétal.

  • Fleurs.
  • Écorces.
  • Feuilles.
  • Bois.
  • Racines.
  • Graines.
  • Résines.
  • Agrumes.

Selon la matière, différentes techniques permettent d’obtenir des extraits odorants : distillation, expression ou extraction, notamment.

On obtient ainsi différentes formes de matières premières utilisées par le parfumeur.

Mais une matière naturelle n’est pas nécessairement une molécule unique.

Elle peut être un assemblage naturellement complexe de nombreuses molécules.

C’est précisément cette complexité qui contribue souvent à sa richesse olfactive.

Une rose n’est pas simplement « une odeur de rose »

Lorsque nous respirons une rose, nous percevons une impression globale.

Pourtant, son odeur résulte d’un ensemble complexe de composés odorants.

Le parfumeur peut utiliser une matière issue de la rose.

Mais il peut aussi travailler certaines molécules présentes dans son univers olfactif, les associer à d’autres matières et construire une interprétation entièrement nouvelle.

Une rose peut ainsi devenir :

  • fraîche,
  • verte,
  • poudrée,
  • veloutée,
  • sombre,
  • lumineuse,
  • ou presque abstraite.

La parfumerie commence précisément lorsque la matière cesse d’être seulement reproduite pour devenir interprétée.

Que signifie « synthétique » en parfumerie ?

Une matière de synthèse est obtenue par des procédés chimiques contrôlés plutôt que directement extraite telle quelle d’une fleur ou d’une plante.

Mais le terme recouvre des réalités très diverses.

Certaines molécules utilisées en parfumerie peuvent être identiques à des molécules que l’on retrouve également dans la nature.

D’autres ont permis de créer de nouvelles sensations olfactives et d’élargir considérablement le vocabulaire du parfumeur.

La synthèse ne signifie donc pas nécessairement « imitation ».

Elle peut également être création.

La chimie a transformé l’histoire du parfum

L’apparition et le développement des molécules de synthèse ont profondément changé la parfumerie moderne.

Le parfumeur n’était plus limité aux seules matières qu’il pouvait extraire de la nature.

  • Sa palette s’est agrandie.
  • De nouvelles facettes sont apparues.
  • De nouveaux accords ont pu être imaginés.

Certaines matières naturelles ont également pu être complétées, prolongées ou interprétées autrement.

La parfumerie est ainsi devenue un art dans lequel nature et science peuvent dialoguer.

Les grandes créations de parfumerie utilisent-elles uniquement des matières naturelles ?

Très souvent, non.

Une grande partie de la parfumerie moderne s’est construite grâce à l’association de matières naturelles et de matières issues de la synthèse.

Ce dialogue permet au parfumeur de jouer avec :

la diffusion,

la transparence,

la profondeur,

la texture olfactive,

la persistance,

et naturellement l’identité de la composition.

Il serait donc réducteur de considérer qu’un parfum sophistiqué devrait nécessairement être composé uniquement de matières naturelles.

La sophistication réside dans la composition, pas dans une opposition idéologique entre les matières.

Naturel signifie-t-il automatiquement sans allergènes ?

Non.

C’est un point particulièrement important.

Une substance naturelle peut contenir des composés susceptibles d’être allergènes pour certaines personnes.

L’origine végétale d’une matière ne constitue donc pas une garantie d’absence de potentiel allergisant.

C’est précisément pour cette raison que la réglementation cosmétique s’intéresse aux substances présentes et à leur utilisation, et pas uniquement à leur origine.

Une matière ne devient pas automatiquement préférable simplement parce qu’elle vient d’une fleur.

Et synthétique signifie-t-il automatiquement dangereux ?

Non plus.

Le raisonnement inverse serait tout aussi incorrect.

Une matière de synthèse doit être évaluée selon ses caractéristiques propres, les conditions dans lesquelles elle est utilisée et le cadre réglementaire applicable.

Certaines molécules peuvent être employées dans des conditions définies.

D’autres sont restreintes ou interdites.

La question pertinente n’est donc pas simplement :

« Est-ce naturel ou synthétique ? »

Mais plutôt :

« Quelle est cette matière, pourquoi est-elle utilisée et dans quelles conditions ? »

Chez SHAYKO, nous préférons parler de sélection

Cette distinction est importante pour notre approche.

Chez SHAYKO Grasse, notre objectif n’est pas de construire un discours opposant systématiquement nature et science.

Nous préférons nous demander quelles matières permettent de créer l’expérience olfactive recherchée tout en respectant le cahier des charges défini pour nos compositions parfumantes.

Pour les compositions concernées, nous recherchons notamment des parfums sans substances CMR et sans allergènes parfumants déclarables, conformément aux spécifications établies avec nos partenaires.

Ce choix nous conduit à regarder une matière pour ce qu’elle est réellement.

Pas simplement pour l’image attachée à son origine.

Une fleur peut-elle contenir naturellement un allergène parfumant ?

Oui.

Et cette réalité permet de comprendre pourquoi la question est plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Certaines substances naturellement présentes dans des huiles essentielles ou d’autres extraits végétaux peuvent faire partie des allergènes parfumants encadrés par la réglementation cosmétique européenne.

Une composition répondant à un cahier des charges particulièrement restrictif peut donc nécessiter de limiter ou d’écarter certaines matières naturelles pourtant très prestigieuses.

C’est un paradoxe seulement en apparence.

Respecter la nature ne signifie pas renoncer à la connaissance que nous avons acquise sur elle.

Une contrainte peut conduire à réinventer un accord

Imaginons qu’un parfumeur souhaite créer une impression florale particulière.

Une solution traditionnelle pourrait faire appel à certaines matières qui ne correspondent pas au cahier des charges retenu.

  • Il faut alors chercher autrement.
  • Décomposer l’impression recherchée.
  • Identifier ce qui lui donne sa personnalité.
  • Puis reconstruire l’accord à partir d’une autre palette.
  • C’est ici que la connaissance des matières devient essentielle.
  • La contrainte ne supprime pas nécessairement la créativité.

Elle peut l’obliger à devenir plus précise.

Peut-on alors recréer une fleur sans utiliser directement la fleur ?

Oui.

C’est l’une des grandes possibilités offertes par la composition.

Le parfumeur peut construire un accord évoquant une fleur à partir de différentes matières.

L’objectif n’est pas toujours d’en réaliser une copie parfaite.

Il peut chercher à en conserver l’esprit.

  • La fraîcheur.
  • La sensualité.
  • La transparence.
  • La profondeur.

Une fleur réelle devient alors une inspiration plutôt qu’une obligation.

Cela retire-t-il quelque chose à la poésie du parfum ?

Nous pensons exactement l’inverse.

Connaître la science d’une matière ne détruit pas l’émotion qu’elle provoque.

Savoir comment une rose développe son parfum n’empêche pas d’être ému en la respirant.

Comprendre la volatilité d’une molécule n’enlève rien à l’élégance d’une composition.

La connaissance ne remplace pas l’émotion.

Elle permet simplement de créer avec davantage de maîtrise.

Grasse n’est pas seulement une histoire de fleurs

Les champs appartiennent profondément à l’imaginaire de Grasse.

Et à juste titre.

Mais l’histoire de la parfumerie grassoise est également une histoire de transformation.

  • Extraction.
  • Distillation.
  • Recherche.
  • Composition.
  • Innovation.
  • Transmission.

Laboratoires et ateliers ont évolué parallèlement aux cultures.

Réduire Grasse à une image romantique de champs fleuris serait donc oublier une partie de ce qui a fait sa puissance.

Le patrimoine et l’innovation n’ont jamais cessé de se rencontrer.

La tradition n’interdit pas la modernité

Une Maison peut respecter un héritage sans chercher à reproduire exactement le passé.

  • La tradition peut transmettre une exigence.
  • Une connaissance de la matière.
  • Une culture du geste.
  • Un rapport au temps.
  • La science contemporaine apporte d’autres outils.
  • Une meilleure compréhension des substances.
  • Des méthodes d’analyse.
  • De nouvelles possibilités de composition.
  • Des exigences réglementaires plus précises.
  • L’un n’efface pas l’autre.
  • Ils peuvent progresser ensemble.

Pourquoi cette question est-elle essentielle pour SHAYKO ?

Parce qu’elle touche directement à notre manière de concevoir la Haute Cosmétique de Précision.

Nous ne souhaitons pas choisir une matière uniquement parce qu’elle possède une histoire séduisante.

Ni l’écarter uniquement parce que son nom paraît technique.

  • Nous voulons comprendre.
  • Sélectionner.
  • Composer.
  • Et conserver l’émotion lorsque la formule est terminée.

Cette approche demande parfois d’abandonner des oppositions trop simples.

  • Nature contre science.
  • Tradition contre innovation.
  • Sensorialité contre précision.

Nous pensons au contraire que le véritable travail commence lorsque ces dimensions peuvent coexister intelligemment.

Le parfum de demain ne choisira peut-être pas entre les deux

Il continuera probablement à puiser dans la nature.

Parce que certaines matières possèdent une richesse et une histoire extraordinaires.

Mais il continuera également à bénéficier de la recherche et de la chimie.

Parce qu’elles permettent d’explorer, de maîtriser et parfois de préserver autrement.

La question ne sera donc peut-être plus de savoir si une création est naturelle ou synthétique.

  • Mais si elle est juste.
  • Juste dans son intention.
  • Juste dans sa formulation.
  • Juste dans son utilisation.

Et suffisamment maîtrisée pour que toute cette complexité disparaisse finalement derrière une seule chose :

l’émotion que nous ressentons lorsque nous la respirons.

« La nature offre au parfumeur une mémoire. La science lui ouvre de nouveaux chemins. L’art commence lorsqu’il sait les faire dialoguer. »

SHAYKO Grasse
Quand le soin devient une signature.