Derrière un mot familier, une réalité de formulation
« Savon surgras ».
L’expression apparaît fréquemment sur les emballages et dans les conseils consacrés aux peaux sèches ou recherchant davantage de confort.
Le terme semble presque parler de lui-même.
Un savon auquel on aurait simplement ajouté davantage d’huile.
La réalité est plus nuancée.
Pour comprendre ce qu’est un savon surgras, il faut revenir à ce que nous avons vu précédemment : la saponification.
Des corps gras réagissent avec une base alcaline pour former notamment du savon et de la glycérine.
Le surgras apparaît lorsque l’équilibre de cette transformation est volontairement pensé pour qu’une fraction grasse demeure non saponifiée, ou lorsque certaines matières grasses sont ajoutées selon le procédé de fabrication.
C’est donc avant tout un choix de formulation.
Tout commence par un équilibre
Pour fabriquer un savon, la quantité de base alcaline nécessaire dépend des corps gras utilisés et de leurs proportions.
La formulation peut être calculée de manière à ne pas transformer la totalité des matières grasses disponibles.
Une fraction reste alors non saponifiée.
C’est ce que l’on appelle couramment le surgras.
Il peut également exister d’autres approches de fabrication permettant d’introduire des matières grasses supplémentaires.
Dans tous les cas, l’idée générale reste comparable :
ne pas rechercher uniquement la fonction lavante, mais travailler également la sensation laissée par le savon lors de son utilisation.
Pourquoi laisser une fraction de corps gras ?
Le nettoyage est nécessaire.
Mais nettoyer signifie également interagir avec les substances grasses présentes à la surface de la peau.
Un produit nettoyant trop délipidant peut laisser certaines peaux avec une sensation de sécheresse ou de tiraillement.
La présence de matières grasses non saponifiées peut contribuer à moduler l’expérience du savon et à apporter une sensation plus confortable.
C’est notamment pour cette raison que le terme « surgras » est souvent associé à la douceur.
Mais il faut immédiatement apporter une nuance essentielle :
surgras ne signifie pas automatiquement doux pour toutes les peaux.
Le pourcentage de surgras suffit-il à juger un savon ?
Non.
Un chiffre peut être utile.
Mais il ne raconte jamais toute la formule.
Deux savons présentant un niveau de surgras comparable peuvent être très différents selon les corps gras utilisés, la formulation générale, le procédé de fabrication ou encore les autres matières présentes.
Se concentrer uniquement sur le pourcentage reviendrait à juger une recette entière à partir d’un seul ingrédient.
Le chiffre donne une information.
La formule donne le contexte.
Plus de surgras signifie-t-il forcément un meilleur savon ?
Là encore, non.
La cosmétique nous confronte régulièrement à cette idée selon laquelle « davantage » serait nécessairement « meilleur ».
Davantage d’actifs.
Davantage de concentration.
Davantage d’huile.
Davantage de surgras.
Pourtant, toute formulation repose sur un équilibre.
Une proportion plus importante de matières non saponifiées peut influencer la dureté, la tenue, la mousse, la conservation et la sensation générale du savon.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de rechercher le chiffre le plus élevé.
Il est de trouver le niveau cohérent avec la formule que l’on souhaite créer.
Toutes les matières grasses n’apportent pas la même chose
Parler du surgras comme d’une quantité uniforme serait également réducteur.
Les huiles et les corps gras possèdent des compositions différentes.
Leur comportement dans la formulation varie.
Le choix des matières compte donc autant que leur quantité.
Une huile n’est pas sélectionnée uniquement parce que son nom est séduisant.
Elle doit trouver sa place dans l’équilibre général du savon.
Nous retrouvons ici un principe qui traverse toute notre vision de la cosmétique :
la valeur d’une matière dépend aussi de la justesse de son utilisation.
Surgras et glycérine : deux notions différentes
Les deux termes sont parfois associés, voire confondus.
Ils ne désignent pourtant pas la même chose.
La glycérine est notamment produite au cours de la réaction de saponification.
Le surgras correspond à une fraction de matières grasses qui demeure non saponifiée ou à une stratégie d’enrichissement en matières grasses selon le procédé employé.
Un savon peut donc contenir naturellement de la glycérine et être également surgras.
Les deux éléments peuvent participer à l’expérience globale du produit, mais ils ne doivent pas être confondus.
Un savon surgras hydrate-t-il la peau ?
Le mot « hydratant » doit être utilisé avec précision lorsqu’on parle d’un produit rincé.
Un savon reste avant tout destiné au nettoyage.
Il passe relativement peu de temps sur la peau avant d’être rincé.
L’intérêt du surgras se comprend donc davantage dans la manière dont le nettoyage est modulé et dans le confort ressenti que comme l’équivalent d’un soin hydratant laissé sur la peau.
Après le nettoyage, certaines peaux pourront toujours avoir besoin d’un soin adapté.
Cette distinction est importante.
Un produit lavant et un soin non rincé n’occupent pas la même fonction.
Une peau sèche doit-elle obligatoirement utiliser un savon surgras ?
Pas obligatoirement.
La réaction de la peau dépend de nombreux paramètres.
Du produit utilisé.
De la fréquence des lavages.
De la température de l’eau.
De la durée de la douche.
Des zones nettoyées.
De la saison.
Et naturellement des caractéristiques propres à la peau.
Un savon surgras peut constituer une option intéressante lorsque l’on recherche davantage de confort.
Mais aucun mot inscrit sur un emballage ne devrait remplacer l’observation de sa propre peau.
Le geste reste essentiel
Même un savon soigneusement formulé peut devenir inconfortable si le geste de nettoyage est excessif.
Une eau très chaude.
Des douches prolongées.
Un frottement intense.
Une utilisation répétée sur des zones qui n’en ont pas nécessairement besoin.
Tout cela influence la sensation finale.
La qualité du savon compte.
La manière de l’utiliser compte également.
C’est une idée simple, mais essentielle : un soin ne peut jamais être totalement séparé du geste qui l’accompagne.
Et la mousse ?
Un savon surgras peut parfaitement produire une mousse agréable.
Mais le niveau de surgras et la sélection des matières peuvent participer à modifier certaines caractéristiques de cette mousse.
Encore une fois, l’objectif n’est pas nécessairement de produire la quantité la plus spectaculaire.
Une mousse fine, crémeuse ou plus aérienne correspond à différentes expériences.
La mousse appartient au plaisir du savon.
Elle ne doit pas devenir l’unique mesure de sa qualité.
Le surgras ne transforme pas le savon en crème
C’est probablement l’une des distinctions les plus importantes.
Même enrichi en matières grasses, un savon reste un produit lavant rincé.
Il ne devient pas l’équivalent d’une huile corporelle, d’un lait ou d’une crème.
Ces produits répondent à des fonctions différentes.
Chercher à transformer chaque étape d’une routine en soin complet conduit parfois à brouiller les rôles.
Nous préférons une lecture plus simple.
Bien nettoyer lorsque cela est nécessaire.
Puis apporter du soin lorsque la peau le demande.
Chaque geste peut alors rester précis.
Pourquoi ce terme est-il malgré tout important ?
Parce qu’il raconte quelque chose de la manière dont le savon a été pensé.
Il indique que le formulateur ne s’est pas uniquement intéressé à la capacité du produit à nettoyer.
Il a également travaillé l’équilibre de la matière et la sensation recherchée pendant ou après le lavage.
Le mot possède donc un véritable sens technique.
Il devient problématique uniquement lorsqu’on lui attribue des pouvoirs qu’il ne peut pas résumer à lui seul.
Le savon comme exercice d’équilibre
Le savon surgras illustre finalement quelque chose de beaucoup plus large que sa propre catégorie.
Créer ne consiste pas toujours à maximiser une propriété.
Il faut parfois accepter qu’une caractéristique soit légèrement moins dominante pour que l’ensemble devienne plus harmonieux.
Pouvoir lavant.
Mousse.
Dureté.
Confort.
Sensorialité.
Durabilité du savon.
Ces éléments doivent coexister.
Et c’est précisément cette recherche d’équilibre qui transforme une simple matière lavante en véritable objet de formulation.
Comprendre plutôt que se fier à un mot
« Surgras » est donc une information intéressante.
Mais elle mérite d’être comprise plutôt que simplement recherchée.
Un bon savon ne se résume pas à ce mot.
Il est le résultat de matières sélectionnées, de proportions maîtrisées, d’une saponification correctement conduite et d’une intention clairement définie.
Le surgras devient alors ce qu’il devrait toujours être :
non pas une promesse absolue, mais l’un des choix qui construisent l’équilibre du savon.
Et lorsque l’on commence à comprendre ces choix, le savon révèle progressivement toute la sophistication cachée derrière sa forme la plus simple.
« Le surgras n’est pas une course au pourcentage. Il est une recherche d’équilibre entre la fonction de nettoyer et le respect du confort de la peau. »
SHAYKO Grasse
Quand le soin devient une signature.
