Comment se construit un parfum ?

Comment se construit un parfum ?

Fabrice Turco

Tout commence par une intention

Avant les proportions, il y a souvent une idée.

  • Une sensation.
  • Une matière.
  • Un lieu.
  • Une lumière.
  • Parfois même un souvenir.

Le parfumeur peut chercher à évoquer la fraîcheur d’un matin, la chaleur d’une peau, l’ombre d’un bois, un jardin après la pluie ou la présence presque charnelle d’une fleur.

Il ne s’agit pas nécessairement de reproduire fidèlement une odeur existante.

Il peut s’agir de traduire une émotion en langage olfactif.

C’est là que commence la composition.

Le parfumeur possède une palette invisible

Un peintre travaille avec des couleurs.

Un musicien avec des sons.

Le parfumeur travaille avec des matières odorantes.

Certaines proviennent de matières premières naturelles.

D’autres sont issues du travail de la chimie et de la recherche contemporaine.

Ensemble, elles constituent une palette extraordinairement vaste.

  • Agrumes.
  • Fleurs.
  • Bois.
  • Épices.
  • Résines.
  • Notes vertes.
  • Facettes poudrées.
  • Accords ambrés.
  • Musqués.
  • Cuirés.

Mais connaître chacune de ces matières ne suffit pas.

Il faut comprendre ce qu’elles deviennent lorsqu’elles se rencontrent.

Une belle matière ne suffit pas à créer un beau parfum

Une matière issue du jasmin peut être fascinante.

Une essence d’agrume immédiatement reconnaissable.

Une facette boisée particulièrement élégante.

Pourtant, chacune reste une matière.

Le parfum apparaît lorsque plusieurs éléments commencent à former quelque chose qui dépasse leurs identités individuelles.

Certaines matières restent perceptibles.

D’autres deviennent presque impossibles à identifier séparément.

Elles participent pourtant à l’équilibre.

Comme dans une composition musicale, nous pouvons parfois reconnaître un instrument.

Mais l’émotion naît de l’ensemble.

Qu’est-ce qu’un accord en parfumerie ?

Un accord apparaît lorsque plusieurs matières sont réunies de manière à créer une impression olfactive cohérente.

Cette impression peut parfois être différente de chacune des matières prises séparément.

Le parfumeur peut construire un accord floral.

  • Boisé.
  • Ambré.
  • Vert.
  • Poudré.

Ou imaginer une sensation qui ne correspond directement à aucune matière naturelle.

C’est l’une des dimensions les plus fascinantes de la parfumerie.

Elle peut s’inspirer de la nature sans être obligée de la reproduire.

La composition crée son propre langage.

Quelques proportions peuvent tout changer

Deux compositions contenant des matières similaires peuvent devenir profondément différentes lorsque leurs proportions évoluent.

Une matière présente en très petite quantité peut simplement soutenir l’ensemble.

Légèrement augmentée, elle peut soudain devenir dominante.

Une autre peut apporter de la profondeur.

  • Adoucir un accord.
  • Créer une transition.
  • Donner davantage de diffusion.

Quelques variations suffisent parfois à déplacer l’équilibre entier d’une composition.

Le parfum est donc aussi un travail de mesure.

L’émotion peut naître d’une précision presque invisible.

Le parfum possède sa propre temporalité

Lorsque nous découvrons un parfum, nous ne percevons pas nécessairement toutes ses facettes simultanément.

  • Certaines apparaissent très rapidement.
  • D’autres se révèlent progressivement.
  • Certaines persistent beaucoup plus longtemps.
  • Le parfumeur doit donc imaginer sa composition dans le temps.
  • Le premier instant.
  • L’évolution.
  • Puis la trace laissée plusieurs heures plus tard.

C’est ce que l’on raconte traditionnellement à travers les notions de notes de tête, de cœur et de fond.

Une architecture que nous explorerons plus précisément dans un prochain article.

Le premier essai est rarement le dernier

Créer un parfum demande du temps.

Une première formule est préparée.

  • Elle est sentie.
  • Laissée évoluer.
  • Observée à nouveau.
  • Puis corrigée.
  • Une matière est diminuée.
  • Une autre légèrement augmentée.
  • Un accord est retravaillé.
  • Une piste est abandonnée.
  • Puis le processus recommence.

La création olfactive avance ainsi progressivement.

Non pas nécessairement en ajoutant toujours davantage, mais en recherchant l’équilibre le plus juste.

Savoir retirer appartient aussi à l’art du parfumeur

Lorsqu’une composition semble manquer d’équilibre, le réflexe pourrait être d’ajouter une nouvelle matière.

  • Pourtant, la solution peut parfois être exactement inverse.
  • Une matière déjà présente prend peut-être trop de place.
  • Une facette empêche une autre de s’exprimer.
  • Un accord est devenu trop dense.
  • Retirer peut alors révéler ce qui était déjà là.
  • Cette idée rejoint profondément notre vision de la cosmétique.

La précision ne consiste pas toujours à trouver ce qu’il faut ajouter. Elle consiste parfois à reconnaître ce qui est devenu superflu.

Naturel et science ne sont pas deux mondes opposés

L’histoire de la parfumerie est intimement liée aux matières naturelles.

  • Rose.
  • Jasmin.
  • Fleur d’oranger.
  • Bois.
  • Agrumes.
  • Résines.
  • Épices.

Mais la parfumerie contemporaine s’est également développée grâce à la chimie.

Les molécules utilisées par les parfumeurs ont considérablement élargi leur palette.

Elles permettent de créer certaines facettes, de travailler la diffusion, d’explorer de nouvelles sensations et de construire des accords qu’il serait impossible d’obtenir uniquement à partir de matières naturelles.

Opposer systématiquement nature et science donnerait donc une vision très incomplète de la création olfactive.

La modernité du parfum naît aussi de leur rencontre.

Chez SHAYKO, la composition commence également par un cahier des charges

Créer un parfum ne consiste pas uniquement à décider ce que l’on souhaite sentir.

Il faut également définir dans quel cadre nous souhaitons créer.

Chez SHAYKO Grasse, nous avons choisi de travailler sur des compositions parfumantes répondant à un cahier des charges particulièrement précis, avec notamment la recherche de parfums sans substances CMR et sans allergènes parfumants déclarables, selon les spécifications applicables à nos compositions.

Cette exigence intervient en amont de la création.

Elle ne consiste pas simplement à terminer un parfum puis à retirer quelques matières.

La palette doit être pensée dès l’origine en tenant compte de ces choix.

Que signifie CMR ?

Les lettres CMR désignent des substances classées comme cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Ces substances font l’objet d’un encadrement réglementaire particulièrement strict dans l’Union européenne, notamment dans le domaine cosmétique.

Notre démarche ne consiste pas à présenter comme dangereux ce que la réglementation autorise dans les conditions prévues.

Elle correspond à un choix supplémentaire dans notre manière de définir les compositions parfumantes destinées à la Maison.

Pour nous, la formulation ne consiste donc pas uniquement à sélectionner.

Elle consiste également à définir ce que nous choisissons d’écarter.

Pourquoi préciser « allergènes parfumants déclarables » ?

Le mot « allergène » mérite une grande précision.

Aucun cosmétique ne peut raisonnablement promettre qu’aucune personne ne présentera jamais une sensibilité ou une réaction individuelle.

Lorsque nous parlons ici de compositions parfumantes sans allergènes, nous faisons référence plus précisément aux allergènes parfumants soumis à déclaration dans le cadre réglementaire cosmétique européen, conformément aux spécifications établies pour les parfums concernés.

  • Cette nuance peut sembler technique.
  • Elle est pourtant importante.

Parce qu’une Maison qui revendique la précision doit également être précise dans les mots qu’elle emploie.

L’exigence commence aussi par le langage.

Une contrainte réduit-elle la créativité ?

Une palette volontairement définie modifie nécessairement le travail de composition.

  • Certaines solutions ne sont plus disponibles.
  • Il faut parfois rechercher une autre matière.
  • Reconstruire une facette.
  • Modifier un accord.
  • Retrouver autrement une sensation.
  • Mais une contrainte n’empêche pas nécessairement la création.
  • Elle peut devenir l’une de ses conditions.

Dans de nombreux métiers créatifs, les limites obligent précisément à chercher autrement.

La parfumerie ne fait pas exception.

Créer avec une palette plus exigeante ne signifie pas renoncer à l’émotion. Cela demande davantage de précision pour la préserver.

Le parfum doit pourtant rester un parfum

C’est un point essentiel.

Une composition ne peut pas être réduite à une liste de substances absentes.

« Sans » ne constitue pas, à lui seul, une identité olfactive.

  • Un parfum doit encore posséder une présence.
  • Une personnalité.
  • Un équilibre.
  • Il doit accompagner la texture et le geste.
  • Créer une émotion.
  • Laisser éventuellement un souvenir.

Nos exigences de formulation n’ont donc de sens que si elles permettent encore d’atteindre cette ambition.

La maîtrise technique doit rester au service de l’expérience.

Grasse : connaître les matières pour mieux les transformer

L’histoire de Grasse est intimement liée aux matières parfumantes et aux savoir-faire développés autour d’elles.

  • Rose centifolia.
  • Jasmin.
  • Tubéreuse.
  • Fleur d’oranger.
  • Mimosa.

Ces fleurs appartiennent à son patrimoine olfactif.

Mais réduire Grasse à ses champs serait oublier une partie essentielle de son histoire.

Le territoire s’est également construit autour de la transformation des matières, de l’extraction, de la composition et de la transmission des savoir-faire.

Grasse n’est pas seulement un territoire de fleurs. C’est un territoire de parfumerie.

Le parfumeur peut interpréter plutôt que reproduire

Prenons une rose.

Il peut chercher à retrouver une impression extrêmement naturelle de fleur fraîche.

Mais il peut également imaginer une rose plus sombre.

  • Plus verte.
  • Plus poudrée.
  • Plus lumineuse.
  • Plus sensuelle.
  • Ou presque abstraite.

La matière devient alors un point de départ.

Le parfumeur ne copie plus simplement la nature.

Il dialogue avec elle.

Quand une composition est-elle terminée ?

Techniquement, une formule pourrait presque toujours être modifiée.

  • Une proportion déplacée.
  • Une matière supplémentaire.
  • Un détail encore corrigé.
  • Mais continuer ne signifie pas nécessairement améliorer.
  • Vient un moment où l’intention initiale devient suffisamment claire.
  • Les matières trouvent leur place.
  • La composition respire.
  • Rien ne semble véritablement manquer.
  • Et l’ajout suivant risquerait davantage de perturber que d’enrichir.

Créer demande donc aussi de savoir s’arrêter.

Composer, c’est aussi choisir

Composer un parfum, c’est connaître les matières.

  • Comprendre leurs interactions.
  • Maîtriser leurs proportions.
  • Observer leur évolution.
  • Essayer.
  • Corriger.
  • Retirer.

Puis savoir s’arrêter.

Chez SHAYKO Grasse, cela signifie également définir dès l’origine le territoire dans lequel nous souhaitons créer.

La recherche de compositions parfumantes sans substances CMR et sans allergènes parfumants déclarables fait partie de cette exigence.

Non comme un argument ajouté une fois le parfum terminé.

Mais comme l’un des paramètres qui accompagnent sa conception.

Car la précision ne consiste pas uniquement à savoir ce que nous voulons mettre dans une composition.

Elle consiste également à savoir ce que nous choisissons de ne pas y mettre.

Et malgré ces exigences, quelque chose doit toujours rester intact :

l’émotion.

C’est dans cet équilibre entre matières, savoir-faire, science et sensorialité que nous situons notre vision du parfum.

Façonné par la tradition, affiné par la science.

« Créer un parfum, c’est choisir les matières qui construiront l’émotion. Mais c’est aussi décider, avec la même précision, de celles dont nous pouvons nous passer. »

SHAYKO Grasse
Quand le soin devient une signature.