Pourquoi un parfum provoque-t-il une émotion ?

Pourquoi un parfum provoque-t-il une émotion ?

Fabrice Turco

Avant de comprendre un parfum, nous le ressentons

  • Face à une image, nous regardons.
  • Face à un texte, nous lisons.
  • Face à un parfum, la réaction peut être presque immédiate.
  • Nous n’avons pas nécessairement besoin de connaître son nom, sa composition ou les matières qui le constituent.
  • Quelque chose nous attire.
  • Ou nous éloigne.
  • Nous sommes intrigués.
  • Apaisés.
  • Surpris.

Parfois profondément émus sans savoir immédiatement pourquoi.

Le parfum possède cette capacité rare de précéder l’explication.

Nous ressentons avant de chercher à comprendre.

L’odorat entretient une relation particulière avec notre cerveau

Cette puissance émotionnelle n’est pas seulement poétique.

Elle possède également une réalité physiologique.

Les informations olfactives suivent des voies cérébrales étroitement liées à des régions impliquées dans la mémoire et les émotions.

Cela contribue à expliquer pourquoi une odeur peut parfois provoquer une réminiscence particulièrement vive.

  • Une simple note peut faire surgir une scène entière.
  • Pas seulement son image.
  • Mais parfois son atmosphère.
  • La lumière.
  • Une personne.
  • Un lieu.
  • Une sensation.

Le parfum devient alors une sorte de passage invisible entre le présent et la mémoire.

Nous possédons tous une bibliothèque olfactive

Depuis l’enfance, nous rencontrons des milliers d’odeurs.

  • Le linge propre.
  • La peau.
  • Le bois.
  • La pluie sur une terre sèche.
  • Une maison.
  • Une fleur.
  • Un fruit coupé.
  • Une cuisine.
  • La mer.
  • Un livre.
  • Une personne aimée.

Nous n’enregistrons pas consciemment chacune de ces expériences.

Pourtant, certaines restent profondément associées à des moments de notre existence.

Notre mémoire olfactive se construit ainsi progressivement.

C’est pourquoi deux personnes peuvent sentir exactement le même parfum et vivre deux expériences émotionnelles différentes.

Une matière n’évoque jamais exactement la même chose pour chacun

  • Prenons une rose.
  • Pour certains, son odeur évoquera un jardin.
  • Pour d’autres, une personne.
  • Un bouquet.
  • Une cérémonie.
  • Un cosmétique ancien.
  • Ou simplement la fleur elle-même.
  • Le jasmin peut rappeler une soirée d’été.
  • Le mimosa, une lumière de fin d’hiver.
  • Les agrumes, une sensation de fraîcheur.
  • Le bois, un intérieur ou une forêt.
  • Mais aucune de ces associations n’est universelle.
  • Le parfumeur travaille donc avec des matières et des accords dont il connaît les caractéristiques, tout en sachant qu’une partie de leur histoire sera finalement écrite par celui ou celle qui les sentira.

C’est peut-être là que commence la magie du parfum

Un parfumeur compose.

Mais il ne peut pas entièrement décider de ce que nous allons ressentir.

  • Il peut travailler une tension.
  • Une fraîcheur.
  • Une profondeur.
  • Une transparence.
  • Une sensation florale, boisée, ambrée, verte ou poudrée.
  • Il peut construire une évolution.
  • Créer des contrastes.
  • Chercher un équilibre.

Mais lorsque la composition rencontre notre histoire personnelle, quelque chose lui échappe.

Le parfum quitte alors celui qui l’a créé pour appartenir à celui qui le porte.

Le parfum est une composition

Un parfum n’est généralement pas une simple succession d’odeurs indépendantes.

  • Il se construit par associations.
  • Certaines matières se prolongent.
  • D’autres se répondent.
  • Certaines créent un contraste.

D’autres deviennent presque imperceptibles individuellement mais participent à l’équilibre de l’ensemble.

C’est là tout l’art de la composition.

Une matière magnifique isolément ne crée pas nécessairement un grand parfum.

Comme en cosmétique, la qualité des éléments ne suffit pas : leur accord est essentiel.

Certaines notes apparaissent puis disparaissent

Lorsque nous découvrons un parfum, nous ne percevons pas nécessairement tout au même moment.

  • Certaines facettes peuvent apparaître rapidement.
  • D’autres se révéler progressivement.
  • Certaines restent plus longtemps.
  • Cette évolution participe profondément à l’expérience.
  • Le parfum n’est donc pas totalement immobile.
  • Il possède une temporalité.

C’est ce qui a conduit la parfumerie à utiliser le vocabulaire des notes de tête, de cœur et de fond.

Nous consacrerons un prochain article à cette architecture, car elle mérite d’être comprise sans être simplifiée à l’excès.

La peau participe elle aussi à l’histoire

Sentir un parfum sur une touche de papier et le découvrir sur la peau ne produit pas toujours exactement la même perception.

La température, le support, l’évaporation et les caractéristiques de la composition interviennent dans son évolution.

C’est pourquoi le parfum demande parfois du temps.

Le premier instant n’est pas nécessairement toute l’histoire.

Il faut le laisser évoluer.

Le retrouver quelques minutes plus tard.

Puis parfois plusieurs heures après.

Le parfum se découvre dans la durée.

Pourquoi avons-nous parfois envie de sentir de nouveau ?

Il existe des parfums que nous ne comprenons pas immédiatement.

Nous approchons à nouveau le poignet.

Puis encore une fois.

Quelque chose nous intrigue.

Ce phénomène est intéressant parce qu’il montre qu’un parfum n’a pas toujours besoin d’être immédiatement spectaculaire pour devenir mémorable.

Une composition trop évidente peut parfois révéler très rapidement tout ce qu’elle possède.

À l’inverse, certaines créations laissent progressivement apparaître leur complexité.

Le luxe olfactif peut ainsi résider dans la découverte plutôt que dans la démonstration.

L’intensité n’est pas l’émotion

Un parfum puissant n’est pas nécessairement plus émouvant.

La projection, la persistance et l’intensité sont des caractéristiques d’une composition.

Mais elles ne mesurent pas sa capacité à toucher quelqu’un.

Une odeur extrêmement discrète peut provoquer un souvenir très profond.

Une matière presque imperceptible peut devenir la signature que l’on recherche inconsciemment.

Le raffinement olfactif ne se mesure donc pas uniquement à la quantité d’espace occupée.

Parfois, ce qui reste le plus longtemps dans la mémoire est précisément ce qui n’a jamais cherché à s’imposer.

Le parfum possède une relation singulière avec l’absence

  • Une photographie conserve une image.
  • Une lettre conserve des mots.
  • Le parfum, lui, peut faire revenir quelque chose qui n’est plus là.
  • C’est probablement l’une de ses dimensions les plus intimes.
  • Une odeur familière peut évoquer une personne absente avec une intensité étonnante.
  • Pendant quelques secondes, le souvenir semble presque physique.
  • C’est pourquoi certains parfums nous accompagnent pendant des années.
  • Ils finissent par devenir associés à une période de notre vie.

Puis parfois à notre propre identité.

Porter un parfum, c’est aussi laisser une trace

Nous ne sentons pas uniquement notre propre parfum.

  • Les autres le rencontrent également.
  • Parfois avant même que nous parlions.
  • Parfois quelques instants après notre passage.
  • Le parfum possède ainsi une étrange capacité à être à la fois intime et partagé.
  • Il appartient à la peau.
  • Mais il existe aussi dans l’espace autour d’elle.
  • Cette trace olfactive peut progressivement devenir reconnaissable.
  • Une personne entre dans une pièce.
  • Et avant même de la voir, quelque chose nous semble familier.

Le parfum peut devenir une présence.

Grasse et la culture de l’émotion olfactive

À Grasse, parler du parfum signifie entrer dans une histoire faite de matières, de transformations, de savoir-faire et de composition.

Mais cette histoire technique n’aurait probablement pas la même puissance si elle n’aboutissait pas à quelque chose de profondément humain :

l’émotion.

  • Cultiver une fleur.
  • Extraire ou travailler une matière odorante.
  • La sélectionner.
  • La composer avec d’autres.
  • Ajuster l’ensemble.

Toutes ces étapes finissent par converger vers un instant extrêmement simple.

  • Quelqu’un respire.
  • Et ressent quelque chose.

Le parfum et le soin partagent un territoire

C’est précisément là que le parfum rejoint notre vision de la cosmétique.

  • Un soin possède une fonction.
  • Une formule.
  • Une texture.
  • Mais son utilisation est aussi une expérience sensorielle.
  • Le parfum peut accompagner cette expérience.

Il peut donner une identité à un geste quotidien sans avoir besoin de le dominer.

Lorsque la main rencontre une texture et que l’olfaction découvre simultanément une composition, plusieurs sens participent au même instant.

Le soin n’est alors plus seulement appliqué.

Il est vécu.

Le parfum n’a pas besoin de tout raconter

Dans un monde où presque tout doit être immédiatement expliqué, le parfum conserve une forme de liberté.

  • Nous pouvons connaître ses matières.
  • Comprendre sa construction.
  • Étudier son histoire.
  • Mais une partie de l’expérience restera toujours personnelle.

Pourquoi cette composition nous touche-t-elle alors qu’une autre nous laisse indifférents ?

Pourquoi cette odeur nous semble-t-elle familière alors que nous ne savons plus où nous l’avons rencontrée ?

Il n’existe pas toujours une réponse précise.

Et peut-être n’est-elle pas nécessaire.

Une émotion invisible

Le parfum ne possède ni couleur propre à contempler, ni forme que nous puissions tenir entre les mains.

Et pourtant, il peut modifier notre perception d’un instant.

  • Il peut devenir un souvenir.
  • Une signature.
  • Une présence.
  • Parfois même une part de notre identité.

C’est ce paradoxe qui rend la parfumerie si singulière.

Créer quelque chose d’invisible capable de laisser une trace profondément réelle.

À Grasse, cette recherche traverse les générations.

Et chez SHAYKO, elle nous rappelle que le raffinement ne réside pas toujours dans ce que l’on montre.

Il peut aussi vivre dans ce que l’on fait ressentir.

« Le parfum est invisible. Pourtant, quelques secondes suffisent parfois pour qu’il ouvre une porte que seule notre mémoire savait encore retrouver. »

SHAYKO Grasse
Quand le soin devient une signature.